Je m’offre à moi qui s’offre à toi

Je donne plein pouvoir à toutes mes parties, ce lieu qu’est mon corps sensible et qui demande mon attention. Non pas une « attention ordinaire, vagabonde, mécanique et soumise à n’importe quelle influence » (Ansa, p. 145). J’invite ma partie la plus noble, celle qui n’a pas le souci de vouloir conquérir le monde extérieur, celle qui ne veut pas. Celle qui ne veut rien. Celle qui existe pour le simple plaisir d’exister. Parce que c’est bon. Quand je lui donne autorité, mon corps devient mon territoire, le champ expérientiel privilégié de mon passage sur terre. Alors « je » n’ai plus à offrir de « moi » que ma main chaude sur ta peau et une fleur au creux d’un coquillage. « Je » ne suis que la poitrine sur laquelle se dépose ta tête, mon cœur battant sous ta douce chevelure étendue. Je suis ma respiration. Sur mon torse qui monte et descend, tu es mon inspiration, le chaînon dans le vivant pour mon bras de guerrier, ma colonne de roi, mon ventre de magicien et mon sexe d’amant. Je m’offre à moi qui s’offre à toi. Un cadeau de la vie dans les sens, à ne plus négliger. Une attention partagée entre la sensation intérieure et ce qui appelle à l’extérieur, sans jamais m’oublier. Car c’est dans ce rappel constant à mon souffle que mon amour pour toi est pur. C’est dans ce rappel que je peux regarder au loin, confiant et entier, éclaireur désintéressé de nos devenirs.

 » Si vous ne pouvez pas tenir la sensation globale du corps, tenez celle de votre main, de votre pied, de votre jambe ou du visage.  » (…) La division de l’attention, qui conduit au rappel de soi est la clé d’un travail efficace. (Ansa, p.148). (…) Il s’agit d’introduire à l’intérieur de soi-même, la nécessité d’une présence à soi, parce que c’est absolument indispensable. (p.149)

Et n’oubliez pas de nettoyer ce travail de tout mysticisme, de tout ce côté sacro-je-ne-sais-quoi que vous adorez mettre partout. Faites-le simplement parce que c’est bon pour vous et que cela vous plaît. (…) Un travail intérieur vous permet de sortir d’un état passif pour entrer dans une accélération consciente, voulue, choisie. C’est un travail très délicat à faire parce qu’il demande que vous choisissiez en vous un élu. Quelqu’un en vous qui n’est pas celui qui se croit le plus intelligent, qui n’est pas celui qui cherche le pouvoir, le savoir et l’avoir. Cet élu ne peut être qu’un personnage simple, humble, qui ne connaît rien, qui ne peut rien et qui n’a rien. C’est avec cette partie-là, en vous, que vous devez faire le travail. (p.150)

On a alors le choix. Soit je détermine en moi un élu, une partie noble à l’intérieur de moi-même à qui je confie ma détermination de faire un travail et qui va se mettre à faire ce travail, qui va me pousser à le continuer ; soit je continue à me comporter comme un proxénète, comme un colonisateur, comme un conquérant qui dévaste tout sur son passage, ne suivant que son avidité de vouloir s’approprier tout ce qu’il peut, de vouloir conquérir toujours plus de pouvoirs afin de mettre les autres, son environnement et tout ce qu’il touche a son propre service. Vous avez le choix. (p.151)


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