Je cherche ma maison

Akulivik, 1er février 2023

Je ne suis que de passage. Eux restent et je poursuis ma marche. Mes empreintes éphémères dans la neige. Le chemin, devant, disparaît dans le blizzard d’un avenir incertain. Eux restent, ancrés, habités du territoire, riches d’une culture millénaire. J’avance à l’aveugle et reprend la mer. Mes voiles seules connaissent la destination. Je cherche ma maison. Eux feront encore des enfants, à l’abri des vents. Ils n’ont pas perdu leur langue, même si on a tout fait pour la leur couper. Ils auront encore à qui transmettre leur histoire. Je cherche ma maison, mon histoire et mes raisons. Le foyer où me réchauffer. Un endroit où retourner, après mes errances.

“La connaissance progresse en intégrant en elle l’incertitude, non en l’exorcisant.”
– Edgar Morin, La méthode

Ce thème, de la maison, des endroits à habiter, n’est pas que métaphorique pour moi. Je peux cultiver mes espaces intérieurs, habiter ma corporalité en conscience et nourrir mes besoins affectifs d’impressions. Il reste que le territoire bien tangible, celui sur lequel me reposer et qui devient une référence, un repère, est une quête qui m’habite. J’ai développé, au fil des années à côtoyer la nature, une relation d’amour avec le vivant sensible des espaces du dehors. J’ai incorporé un lieu qui n’a pas d’adresse et je peux m’y retrouver, n’importe où vibre cette nature. Mais j’aspire à me déposer dans un endroit où bâtir, malgré mon âge qui avance. Bâtir et créer du sens avec. Avec celle que j’aime, un foyer, un petit poêle à bois qui chauffe à feu doux d’amour et auquel je peux rêver lorsque, dans mes nomadismes, la solitude me demande de me relier à la base, l’endroit où je suis chez moi. Mon endroit. Mes gens (au sens traduit de  » My People  » ). Notre maison.

En écrivant ces mots, eux m’apparaissent. Eux qui restent. Je suis chez eux, n’importe où je poserai ma pierre de fondation. En territoires non cédés.  » My People  » . Qui sommes nous ?


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