
Baie d’Hudson, Kuujjuarapik, janvier 2023
Là, aux abords des glaces de la Baie d’Hudson, une sensation nouvelle. Le vent, le son de la neige qui craque sous les bottes. Je marche, je regarde, j’écoute et je rencontre le lieu. Je le laisse entrer en moi. Douce euphorie. Je ne cherche pas à comprendre. J’accueille.
» C’est pour cela que je vous parlais d’une vie autonome et que l’on devient le lieu de cette vie. Là, l’identité personnelle, égotique, disparaît, mais je continue à m’appeler Luis Ansa, en première instance. En deuxième instance, si vous me demandez : » Qui êtes-vous ?, je vous répondrai : » Rien « . C’est mon luxe de n’être personne, d’être un simple lieu, un lieu de réception. » (p.78). » Ce lieu, volontairement déterminé par moi-même, volontairement pratiqué, créé, formé, géré, nourri, protégé, ce lieu dans lequel je ne suis personne à l’intérieur, c’est ce que j’appellerais » l’état de la conscience » (p.79)
J’ai cette intuition que ma libération de l’emprise sur moi de la dépendance affective, de ce vide qui me creuse et me mange le ventre de l’intérieur, que ce manque viscéral qui dépend de l’autre, que cette soif dans le désert, pourrait être abreuvée de cette pratique de création du lieu intérieur et de la désidentification. Qu’entre le féminin et le masculin qui m’habitent quelque chose de plus grand que la polarité m’appelle. Qu’au-delà du yin et du yang, du cœur et de l’esprit, un chaînon manquant cherche à relier des parties qui m’apparaissent aujourd’hui désunies. Que ces impressions dont je me suis nourri au bord de la Baie d’Hudson, que la nature, la musique, les sensations de mon corps, sont autant de lieux à intégrer comme n’étant plus l’extérieur, mais cette partie de moi qui ne cherche pas et qui est, tout simplement. Douce, chaleureuse et pleine.